Le cancer de la prostate est fréquent chez l'homme, comme celui du sein chez la femme. Il est souvent nécessaire d'opérer, et cette opération peut avoir pour conséquence de supprimer la capacité à l'érection par section des bandelettes vasculo-nerveuses qui longent le rectum pour rejoindre la base du pénis.

Ces bandelettes, fragiles et très ténues, portent en effet dans leurs fibres minces toute la capacité qu'a l'homme de bander.

Actuellement, il est possible d'opérer un cancer de la prostate en respectant les bandelettes, en respectant par conséquent la vie sexuelle du patient.

Une minorité de patients seulement bénéficie de cette technique. Pourquoi? Il arrive certes de temps en temps que le stade de progression du cancer impose de sacrifier les bandelettes, mais la principale raison est tout autre.

Pour des raisons de coût et de temps. L'intervention est beaucoup plus longue et ne rapporte pas un centime de plus, elle nécessite par ailleurs un matériel spécifique coûteux qui n'existe souvent qu'en un seul exemplaire dans la clinique. Le chirurgien qui doit enlever cinq prostates dans la matinée utilisera le kit bandelettes pour le premier opéré et fera des quatre autres des impuissants car il est bien évident que le kit n'est pas réutilisable immédiatement. Et même s'il y avait plusieurs kits, on ne pourrait pas opérer autant de patients dans la même demi-journée, d'où moindre rentabilité. Tout le monde se sera bien gardé de donner l'information au patient qui le plus souvent croit qu'il est hélas normal et inévitable qu'il en soit ainsi après avoir été opéré de la prostate.

Or, un patient bien opéré a ensuite une vie sexuelle normale à un détail près, l'éjaculation est rétrograde, elle se fait vers la vessie et non plus vers l'extérieur. Tout le reste est comme avant, mêmes orgasmes, mêmes performances. Certains disent même que ça permet de lever les inhibitions des partenaires réfractaires à la pratique des fellations pour cause de mauvais goût du sperme.

Cette attitude est un énorme scandale. Que l'information circule, que les patients exigent d'être opérés avec le "kit bandelettes", que quelques procès bien sentis poussent les cliniques et hôpitaux à mieux s'équiper, que certains chirurgiens glissent un peu de la quantité des actes vers la qualité.