J'ai presque terminé le petit livre d'Etienne Klein : "Le facteur temps ne sonne jamais deux fois".

Intéressant et décevant.

Décevant parce qu'il n'aborde pas le côté métaphysique de la question, le "sens" du temps, la différence entre écoulement perpétuel du temps et éternité qui sont deux choses totalement différentes. Il n'aborde pas la différence entre le temps cyclique des jours et des saisons figuré par le cadran solaire et le temps linéaire, lourd et pesant, figuré par le sablier qui donne même une image de fin des temps avec la fin de l'écoulement du sable. J'ai déjà traité ici toutes ces questions.

Par contre, il m'apprend énormément de choses sur un plan épistémologique, à savoir comment le temps était vécu par les physiciens et les mathématiciens dans l'histoire de ces sciences. Pour moi, il y avait le temps avant Einstein et le temps après Einstein. Eh bien non ! La grande révolution des idées date du XIXè siècle et de la thermodynamique.

Jusque là le paradoxe était grand. D'une part ce temps à l'écoulement  continu et inexorable, le présent devient aussitôt passé qui reste à jamais passé, et l'avenir devient passé après avoir été fugitivement présent - on ne remonte son cours que dans les ouvrages de science-fiction - d'autre part toutes les lois mathématiques et physiques ignorent superbement le temps, elles sont pérennes et réversibles. Jusqu'à la thermodynamique, aucune équation ne rend compte d'une modification irréversible des choses dans le temps.

La thermodynamique montre que toute production d'énergie se fait d'une source chaude vers une source froide. La chaleur créée par la production d'énergie (qu'il s'agisse de l'eau de la machine à vapeur ou du frottement de deux silex) restera chaleur et ne fournira plus d'autre énergie, ou alors en respectant à nouveau le principe de la source chaude et de la source froide. Dans tous les cas, l'entropie du système croît, il est non seulement plus chaud mais moins organisé avec beaucoup moins "d'espaces de liberté" à venir.

C'est la première fois qu'une loi physique épouse le cours du temps. La croissance de l'entropie n'est pas réversible.

Si j'en parle ici, c'est parce que c'est à mon avis encore plus révolutionnaire comme évolution des idées sur le temps que la théorie de la Relativité.