Canalblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
oldgaffer
Publicité
18 août 2015

Lectures : Eric-Emmanuel Schmitt

Il y a quelques années, une amie, Patricia, m'a offert pour mon anniversaire "Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent..." d'Eric-Emmanuel Schmitt.

Je l'ai feuilleté, parcouru, je n'ai pas accroché, je ne l'ai pas lu. Je vais m'y remettre à la lumière de mes nouvelles expériences avec cet auteur.

Nous étions il y a quelques jours justement chez nos amis Patricia et Thierry, à Mauriac, dans leur maison de campagne. Quand je découvre une maison, la première chose que je cherche et regarde attentivement est la bibliothèque. Je sais mieux qui est quelqu'un si je sais ce qu'il y amasse. Ici, bien que ce fût une résidence secondaire, la bibliothèque était très intéressante à examiner. Je n'en étais pas surpris, en culture et spiritualité, nos amis de Mauriac n'ont rien à envier à personne. Je pris "au hasard" (je rappelle que la première phrase de mon premier roman publié est "il n'y a pas de hasard") "La rêveuse d'Ostende" d'Eric-Emmanuel Schmitt.

Il en est des livres comme des personnes, il y a des rencontres. Je le commençais, et j'ai eu du mal à le lâcher après avoir lu quelques pages, il le fallait pourtant car il fallait participer à la vie de notre petit groupe, notamment visites et excursions.

Je décidais de me l'acheter, et malicieusement - vous comprendrez pourquoi plus loin - Thierry me conseilla d'acheter "L'Evangile selon Pilate" du même auteur.

Quelques jours plus tard, lors de la visite de Rodez, je m'achetais les deux ouvrages. Et je finis "La rêveuse d'Ostende" en gardant Iota à la terrasse d'un café pendant qu'Aline visitait le musée Soulages. Nous n'avons pas tiré au sort qui visiterait le musée, c'est elle l'historienne d'art spécialisée en art contemporain, pas moi qui appelle à son grand dam cette matière "l'art comptant pour rien".

Cette nouvelle - les autres textes du recueil n'ont pas la même force - est une friandise que je ne peux que conseiller, un pur régal.

Les écritures des bons écrivains peuvent être fort différentes. Celle de Jean d'Ormesson se mastique, est est lourde de substance et bien charpentée, celle de Marcel Proust se respire, se hume, les phrases partent en volutes parfumées qui réjouissent les papilles du lecteur. Celle d'Eric-Emmanuel Schmitt évoque plutôt la dégustation d'un bon vin, ou plutôt d'un champagne, les mots y sont des bulles légères. Parfois un peu trop de bulles, comme quand quelques adjectifs sont accolés à un nom juste pour faire joli sans que cela influe quelque peu sur le sens du mot. Mais l'ensemble reste un joli travail d'écriture.

J'ai ensuite lu "L'Evangile selon Pilate" et là j'ai failli lâcher le livre pour pouvoir applaudir. Bravo. Je vais jusqu'à dire chef d'oeuvre.

Je comprends la malice de Thierry dans son conseil. Il y a quelques années, alors que j'animais un club philosophique, j'avais choisi comme thème de l'année "la transgression". Et je lui avais confié comme travail "Judas l'apôtre saint?". Judas trahit parce que Jésus lui confie de manière impérative cette mission. C'est parfaitement explicite dans l'Evangile de Jean : "pars vite et fais ce que tu as à faire". Judas sacrifie sa vie, son honneur, sa mémoire, pour que la Passion puisse s'accomplir. Sans lui pas de christianisme! Il est peut-être le plus saint des apôtres.

Eh bien c'est exactement la thèse du livre d'Eric-Emmanuel Schmitt. Je n'ai pas encore demandé à Thierry s'il a lu le livre avant de présenter son travail, ou après.

Un petit reproche et un gros à l'auteur :

D'abord une inexactitude, Marie de Magdala n'a jamais été une prostituée. Ce n'est qu'avec la Réforme qu'on a commencé à en faire une prostituée, pour augmenter le caractère rédempteur de l'action de Jésus. Monseigneur Chaillan a réfuté cette erreur avec rigueur et précision il y a un siècle et demi, montrant ce qu'il en est, et démontrant que Marie de Magdala, Marie soeur de Marthe et la pécheresse dont parle Luc sont un seul et même personnage. On parle de pécheresse pour lui faire représenter l'humanité toute entière face à Jésus conçu sans péché. Elle est l'épouse virtuelle du Christ en tant qu'il a épousé l'humanité entière. Vouloir en faire de l'évènementiel de tabloïd, comme ces pauvres Baigent et Leigh dans ce monument de connerie qu'est "L'énigme sacrée" témoigne d'une ignorance navrante de ce qui relève du symbolisme et de la spiritualité.

Précision : il y a trois Evangiles, dits synoptiques, parce qu'ils suivent la même trame et disent à peu près la même chose : Matthieu, Marc et Luc. L'Evangile de Jean est à part. Il est complètement différent, il parle d'évènements et d'êtres que les autres ne mentionnent jamais, uniquement pour leur intérêt didactique et symbolique. Lazare n'a certainement jamais existé. L'abbaye de Saint-Victor à Marseille est censée abriter le tombeau de Lazare et lorsque le chanoine Seinturier nous la faisait visiter, il nous racontait qu'à la question qu'on lui posait souvent, "quand Lazare est-il arrivé à Marseille?" il répondait qu'il était parti de Palestine vers l'an 30 et arrivé peu après l'an 1000. Les Noces de Cana n'ont probablement jamais eu lieu. Ne jamais se baser sur ce que dit Jean pour chercher une exactitude historique. Par contre bien chercher le sens caché de ce qu'il a dit. Comme l'a dit Saint Augustin, dans une phrase que j'ai mise en exergue en page de garde du "Chemin de Bagdad" : "L'important pour nous est d'étudier la signification d'un fait et non d'en discuter l'authenticité". Ne pas oublier que la Vérité est le plus souvent dans le mythe, et qu'elle n'a rien à voir avec la réalité et l'exactitude historique. C'est là le thème principal du "Labyrinthe des Alchimistes". Une des maximes du club philosophique en question est : "Tu ne profaneras pas le mot de Vérité en l'appliquant aux conceptions humaines".

Plus grave, lorsque Eric-Emmanuel Schmitt décrit l'Ascension, il se trompe et décrit la Transfiguration qui eût lieu bien avant la crucifixion.

Mais, ces réserves faites, ce livre reste à mon sens un chef d'oeuvre, ne vous en privez pas.

 

Numériser 2

 

Publicité
Commentaires
N
Lire c’est intéressant
Répondre
oldgaffer
Publicité
oldgaffer
Publicité
Archives
Derniers commentaires
Visiteurs
Depuis la création 411 069
Publicité
Publicité