La lettre ouverte à Bouteflika
Certains d'entre vous ont probablement déjà lu la lettre du Pr Savelli qui circule en ce moment sur le net. Je n'ai pas la preuve de son authenticité, et certes le net incite à se méfier de tout, mais, même au cas improbable où elle serait apocryphe, ce qu'elle dit est vrai. J'y suis d'autant plus sensible que des recherches sur ma famille m'ont conduit à m'intéresser de près à l'expédition de 1830 à laquelle participait pour son service militaire, sous les ordres du Duc d'Aumale, mon arrière-arrière-grand-père Laurent Carrié, propriétaire viticole à Saint Guilhem le Désert. Il a pris part à la prise de la smala d'Abd-el-Kader dont la principale commémoration est le tatouage en couleur et à géométrie variable dont parlent Pierre Dac et Francis Blanche dans "le Sar Rabin Dranath Duval".
Cette plaisanterie mise à part, voici le texte que je vous recommande :
Monsieur le
Président,
En brandissant l'injure du génocide de
l'identité algérienne par la France, vous saviez bien que cette identité n'a
jamais existé avant 1830. Mr Ferrat Abbas et les premiers nationalistes
avouaient l'avoir cherchée en vain. Vous demandez maintenant repentance pour
barbarie : vous inversez les rôles !
C'était le Maghreb ou l'Ifriqiya,
de la Libye au Maroc. Les populations, d'origine phénicienne (punique), berbère
(numide) et romaine, étaient, avant le VIIIème siècle, en grande partie
chrétiennes (500 évêchés dont celui d'Hippone / Annaba, avec Saint Augustin).
Ces régions agricoles étaient prospères.
Faut-il oublier que
les Arabes, nomades venant du Moyen Orient, récemment islamisés, ont envahi le
Maghreb et converti de force,
« béçif » (par l'épée), toutes ces populations. « Combattez vos ennemis dans la guerre entreprise pour la religion….Tuez vos ennemis partout où vous les trouverez » (Coran, sourate II, 186-7). Ce motif religieux était élargi par celui de faire du butin, argent, pierreries, trésor, bétail, et aussi bétail humain, ramenant par troupeaux des centaines de milliers d'esclaves berbères; ceci légitimé par le Coran comme récompense aux combattants de la guerre sainte (XLVIII, 19, 20) .Et après quelques siècles de domination arabe islamique, il ne restait plus rien de l'ère punico romano berbère si riche, que des ruines (Abder-Rahman ibn Khaldoun el Hadram , Histoire des Berbères,T I, p.36-37, 40, 45-46. 1382).
Faut-il oublier
aussi que les Turcs Ottomans ont envahi le Maghreb pendant trois siècles,
maintenant les tribus arabes et berbères en semi esclavage, malgré la même
religion, les laissant se battre entre elles et prélevant la dîme, sans rien
construire en contre partie.
Faut-il oublier que ces Turcs
ont développé la piraterie maritime, en utilisant leurs esclaves. Ces pirates
barbaresques arraisonnaient tous les navires de commerce en Méditerranée,
permettant, outre le butin, un trafic d'esclaves chrétiens, hommes, femmes et
enfants. Dans l'Alger des corsaires du XVI ème siècle, il y avait plus de 30.000
esclaves enchaînés. D'où les tentatives de destruction de ces bases depuis
Charles Quint, puis les bombardements anglais, hollandais et même
américain…..Les beys d'Alger et des autres villes se maintenaient par la ruse et
la force, ainsi celui de Constantine, destitué à notre venue, ayant avoué avoir
fait trancher 12.000 têtes pendant son règne.
Faut-il oublier
que l'esclavage existait en Afrique depuis des lustres et existe toujours. Les
familles aisées musulmanes avaient toutes leurs esclaves africains. Les premiers
esclavagistes, Monsieur le Président, étaient les négriers noirs eux-mêmes qui
vendaient leurs frères aux Musulmans du Moyen Orient, aux Indes et en Afrique
(du Nord surtout), des siècles avant l'apparition de la triangulaire avec les
Amériques et les Antilles, ce qui n'excuse en rien cette dernière, même si les
esclaves domestiques étaient souvent bien traités.
Faut-il
oublier qu'en 1830, les Français sont venus à Alger détruire les repaires
barbaresques ottomans qui pillaient la Méditerranée, libérer les esclaves et,
finalement, affranchir du joug turc les tribus arabes et berbères opprimées.
Faut-il oublier qu'en 1830, il y avait à peu près 5.000
Turcs, 100.000 Koulouglis, 350.000 Arabes et 400.000 Berbères dans cette région
du Maghreb où n'avait jamais existé de pays organisé depuis les Romains. Chaque
tribu faisait sa loi et combattait les autres, ce que l'Empire Ottoman
favorisait, divisant pour régner.
Faut-il oublier qu'en
1830 les populations étaient sous développées, soumises aux épidémies et au
paludisme. Les talebs les plus évolués qui servaient de toubibs (les hakems),
suivaient les recettes du grand savant « Bou Krat » (ou plutôt Hippocrate),
vieilles de plus de 2.000 ans .La médecine avait quand même sérieusement évolué
depuis !
Faut-il oublier qu'à l'inverse du génocide, ou
plutôt du massacre arménien par les Turcs, du massacre amérindien par les
Américains, du massacre aborigène par les Anglais et du massacre romano-berbère
par les Arabes entre l'an 700 et 1500, la France a soigné, grâce à ses médecins
(militaires au début puis civils) toutes les populations du Maghreb les amenant
de moins d'un million en 1830 en Algérie, à dix millions en 1962.
Faut-il oublier que la France a respecté la langue arabe,
l'imposant même au détriment du berbère, du tamashek et des autres dialectes, et
a respecté la religion (ce que n'avaient pas fait les Arabes, forçant les
berbères chrétiens à s'islamiser pour ne pas être tués, d'où le nom de « kabyle
» - j'accepte).
Faut-il oublier qu'en 1962 la France a
laissé en Algérie, malgré des fautes graves et des
injustices, une population à la démographie galopante, souvent encore
trop pauvre, - il manquait du temps pour passer du moyen âge au XX ème siècle -
mais en bonne santé, une agriculture redevenue riche grâce aux travaux des
Jardins d'Essais, des usines, des barrages, des mines, du pétrole, du gaz, des
ports, des aéroports, un réseau routier et ferré, des écoles, un Institut
Pasteur, des hôpitaux et une université, la poste… Il n'existait rien avant
1830. Cette mise en place d'une infrastructure durable, et le désarmement des
tribus, a été capital pour l'Etat naissant de l'Algérie.
Faut-il oublier que les colons français ont asséché, entre autres, les marécages
palustres de la Mitidja, y laissant de nombreux morts, pour en faire la plaine
la plus fertile d'Algérie, un grenier à fruits et légumes, transformée, depuis
leur départ, en zone de friche industrielle.
Faut-il
oublier que la France a permis aux institutions de passer, progressivement, de
l'état tribal à un Etat nation, et aux hommes de la sujétion à la citoyenneté en
construction, de façon, il est vrai, insuffisamment rapide. Le colonialisme, ou
plutôt la colonisation a projeté le Maghreb, à travers l'Algérie, dans l'ère de
la mondialisation.
Faut-il oublier qu'en 1962, un million
d'européens ont dû quitter l'Algérie, abandonnant leurs biens pour ne pas être
assassinés ou, au mieux, de devenir des habitants de seconde zone, des dhimmis,
méprisés et brimés, comme dans beaucoup de pays islamisés. Il en est de même de
quelques cent mille israélites dont nombre d'ancêtres s'étaient pourtant
installés, là, 1000 ans avant que le premier arabe musulman ne s'y établisse.
Etait-ce une guerre d'indépendance ou encore de religion ?
Faut-il oublier qu'à notre départ en 1962, outre au moins 75.000 Harkis,
sauvagement assassinés, véritable crime contre l'humanité, et des milliers
d'européens tués ou disparus, après ou avant, il est vrai, les excès de l'O.A
.S., il y a eu plus de 200.000 tués dans le peuple algérien qui refusait un
parti unique , beaucoup plus que pendant l'affreuse « guerre d'Algérie ». C'est
cette guerre d'indépendance, avec ses cruautés et ses horreurs de part et
d'autre , qui a fondé l'identité algérienne. Les hommes sont ainsi faits et
aucune guerre n'est propre !
Monsieur le Président,
vous savez que la France forme de bons médecins, comme de bons enseignants. Vous
avez choisi, avec votre premier ministre, de vous faire soigner par mes
confrères du Val de Grâce. L'un d'eux, Lucien Baudens, créa la première Ecole de
médecine d'Alger en 1832, insistant pour y recevoir des élèves autochtones. Ces
rappels historiques vous inciteront, peut-être, Monsieur le Président, à
reconnaître que la France vous a laissé un pays riche, qu'elle a su et pu
forger, grâce au travail de toutes les populations, des plus pauvres aux plus
aisées - ces dernières ayant souvent connu des débuts très précaires -. La
France a aussi créé son nom qui a remplacé celui de Barbarie. Personne ne vous
demandera de faire acte de repentance pour l'avoir laissé péricliter, mais
comment expliquer que tant de vos sujets, tous les jours, quittent ou désirent
quitter l'Algérie pour la France ?
En fait, le passé,
diabolisé, désinformé, n'est-il pas utilisé pour permettre la mainmise d'un
groupe sur le territoire algérien ? Je présente mes respects au Président de la
République, car j'honore cette fonction.
Un citoyen français,
André
Savelli,
Professeur agrégé du Val de
Grâce.