Vingt-cinq Académiciens s’opposent à une censure climatique

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/ Jeudi 13 juin 2019 à 16:179
Académie des sciences. Une mobilisation salutaire au service de la liberté de penser. 

Les trois quarts des membres de la section chimie de l’Académie des sciences, dont deux prix Nobel, ont adressé avec succès un courrier pour empêcher la censure d’une tribune climato-réaliste.

 

Quand on pense à l’Académie des sciences et au climato-réalisme, c’est bien souvent le nom de Claude Allègre qui vient à l’esprit. Les plus informés citent également Vincent Courtillot, mais ne vont en général pas plus loin. « Isolés », dit-on volontiers de ceux dont les positions critiques sur l’évolution du climat ont maintes fois été dénoncées par l’orthodoxie alarmiste.

Cette fois-ci pourtant, la bien-pensance a fait un pas de trop en s’en prenant à une tribune publiée en mai par le mensuel L’Actualité chimique (la revue professionnelle de la Société chimique de France), donnant l’occasion à vingt-cinq Académiciens de rappeler ouvertement quelques vérités.

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L’auteur de la tribune incriminée, Jean-Claude Bernier, est professeur émérite de l’université de Strasbourg ainsi qu’ancien directeur scientifique des sciences chimiques du CNRS. Le tort de sa tribune ? Ne pas se soumettre à la doxa régnante qui nous présente l’humanité comme coupable d’un dérèglement climatique. Sur un ton détendu mais jamais agressif, sa tribune rappelle les inquiétudes des années 70 sur un possible refroidissement climatique, puis revient sur un certain nombre d’arguments erronés qui ont été avancés en faveur de l’idée d’un réchauffement climatique anthropique. Le texte, d’un contenu très professionnel, se complète d’une bibliographie scientifique à la fois sérieuse et fournie.

Mais les apprentis-censeurs veillaient, qui ne veulent à aucun prix que subsistent des îlots de liberté intellectuelle hostiles à leur vision du monde. Leurs courriers de vertueuse indignation contre la lèpre climatosceptique eurent tôt fait d’atteindre leur but : quelques jours après publication, la revue retirait de son site l’infâme tribune.

L’affaire aurait pu en rester là et le camp de la vérité compter une défaite de plus. Mais il n’est pas dit que tout soit perdu. Vingt-cinq membres de l’Académie des sciences, qui représentent les trois quarts de la section « chimie », réagissent à leur tour à cette inacceptable censure. Parmi eux, Jean-Marie Lehn et Jean-Pierre Sauvage, prix Nobel de chimie en 1987 et en 2016. « Même à l’intérieur des grands conglomérats de scientifiques tels que le giec, écrivent-ils, des chercheurs doutent, se remettent en question et acceptent d’être confrontés à des points de vue contradictoires. Imaginer le contraire, penser que tous ces travaux sont maintenant hors du champ de la discussion scientifique serait très inquiétant pour l’avenir des chercheurs. »

On peut déplorer qu’il ait fallu une telle mobilisation pour qu’un chimiste émérite ait le droit d’exprimer un point de vue dans une revue professionnelle de chimie, mais au moins le résultat est là : la tribune a finalement été republiée. C’est un euphémisme que de dire que, dans l’affaire climatique en général, la France ne brille pas toujours par son courage. Cette prise de position ouverte de certains parmi les plus éminents de nos scientifiques n’en est que plus remarquable et bienvenue. En des temps où il est de bon ton de critiquer nos institutions, soyons aujourd’hui fiers de notre Académie des sciences.

En PS la lettre ouverte à Fred Vargas :

Mathématicien, président de l’Association des climato-réalistes, Benoît Rittaud regrette que Fred Vargas, auteur qu’il admire, égare sa plume dans les impasses du catastrophisme écologique. 

Fred Vargas, vous valez mieux que la horde qui crie au loup climatique et environnemental. Pourquoi vous abaisser à désigner ainsi à notre vindicte ces méchants si commodes de l’écologisme contemporain ? M’adresser à mon auteur fétiche pour lui faire autre chose que des éloges me semblait impensable ! Pourtant il faut se rendre à l’évidence : la grande Fred Vargas vient de commettre un livre dont l’effrayante banalité du titre, « L’Humanité en péril » (Flammarion), n’a d’égale que l’indigence des « bonnes feuilles » publiées dans L’Obs.
Il y aurait donc un « cataclysme qui fonce sur la Terre ». Pour expliquer notre « inertie invraisemblable » il faudrait constater que « les gouvernements marchent main dans la main » avec les coupables habituels, ces comploteurs qui détruisent sciemment notre planète pour encaisser, toute honte bue, les dividendes de leurs forfaits : « les plus puissants lobbys du monde, lobbys de l’agroalimentaire, lobbys des transports, lobbys de l’agrochimie, lobbys du textile et j’en passe, vous ne les connaissez que trop. »
Les pelleteux de nuages, le bois de chute ne vaut pas le bois de massacre… Voilà les beaux mots qui surgissent à l’évocation des romans de Fred Vargas. Pourtant, toute l’admiration due à cette œuvre n’y peut rien : un tel propos sur les lobbys n’est que de la pure démagogie. Un cas d’école de ce complotisme écologiste qui gangrène notre société depuis des années.
Vous ne les connaissez que trop : tiens donc ! Quels sont alors les noms de leurs dirigeants ? Où se trouvent les sièges sociaux de leurs entreprises ? Combien de personnes y sont-elles employées ? Quelles sont leurs stratégies de développement ? Leurs positions officielles sur l’environnement ? Leurs actions dans ce domaine ? Rares sont ceux qui connaissent vraiment les réponses à ces questions. Prétendre le contraire, c’est valoriser des clichés et, partant, œuvrer contre la connaissance réelle du monde.

Rien de nouveau, hélas, sous le soleil de la pensée. Les sirènes des peurs écologistes conduisent les meilleurs esprits à faire naufrage. « Recevons-nous dans nos boîtes aux lettres ou sur notre mail des brochures émanant de l’État, destinées à nous alerter sur tel ou tel aspect de la situation et nous enjoignant d’adopter tel ou tel type de comportement ? Mais jamais, et cet invraisemblable silence est intolérable. » Que Fred Vargas ignore tout du matraquage multi-quotidien sur les « éco-gestes à adopter », la promotion du bio dans les cantines et autres subventions ruineuses en faveur des énergies dites « renouvelables », mieux vaut en rire. Inquiétons-nous en revanche qu’elle ne se rende même pas compte du caractère profondément liberticide de son appel à ce que l’État nous « enjoigne » d’agir comme ceci ou comme cela.
Précieuse Fred Vargas, ce qui m’attriste vraiment n’est pas que vous ayez choisi vous aussi de jouer à la marchande de peur. D’autres brillants esprits l’ont fait avant vous. D’autres le feront après. Ce qui est regrettable, c’est que, ce faisant, vous avez suspendu bien des vies qui nous sont chères. Celle du puits de science qu’est Danglard. Celle de la rassurante et maternante Froissy avec ses cornucopiennes réserves de provisions. Celle de l’ambigüe Veyrenc et ses blessures intérieures. Voilà un acte presque aussi criminel que celui commis par Conan Doyle qui tua Sherlock Holmes.

De la Syrie à Katrina, les tragédies qui frappent notre monde s’habillent désormais d’un passe-partout : le « dérèglement climatique ». Lorsqu’on s’y penche en remisant ses préjugés, l’on constate vite qu’il ne s’agit que du paravent à une ignorance prétentieuse. Aujourd’hui, nous vivons pourtant le triste jour où il aura fait sa première victime authentique en la personne du commissaire Adamsberg, à jamais amputé d’un livre qui n’aura pas été écrit.