Cette chronique d'Ambroise de Rancourt est hélas trop vraie, trop pertinente. Macron fait mal à la France.

"Je viens de lire l'hallucinant article de Mediapart de ce jour sur l'affaire Benalla : en substance, un type habilité "secret défense" qui passe des contrats desécurité avec des mafieux dans les rues adjacentes à l'Elysée. Et qui s'en donne à cœur joie depuis son licenciement : les millions pleuvent. Ça, c'est la première étape : dans le Saint des saints, on accueille une petite racaille indigente, qui murmure à l'oreille du monarque républicain. Elle est belle, la République. Du côté des partisans de notre jeune et beau Roy : silence gêné. 

Mais il y a pire. Le ministre de l'Intérieur, ayant lui-même fréquenté la pègre méridionale française en ses jeunes années, explique aux médias qu'il s'agit d'une "affaire de cornecul". La personne chargée de la sécurité des Français, supérieur hiérarchique de tous les préfets de France, est donc un petit caïd, grossier et arrogant, et en plus manifestement inconscient de la grandeur de la tâche qui lui incombe - même si en vrai, tout le monde sait que c'est Nunez qui fait le boulot, mais passons. Du côté des partisans : silence radio. 

Pendant ce temps, les instructions pleuvent : les magistrats se voient recommander de ficher à tour de bras des citoyens exerçant leur droit de manifester, de coffrer des innocents s'il le faut. Qui puent, qui crient, qui cassent et frappent, pour certains, c'est vrai : ce n'est pas comme si l'incompétence crasse de leurs dirigeants ne leur avait donné aucune raison d'accumuler tant de rage depuis trente ans. Des peines ahurissantes de sévérité tombent. Tout ça est dans le "Canard", pas sur d'obscurs sites peu recommandables. On souligne que ces destructions matérielles, pour révoltantes qu'elles soient, sont bien peu de chose à côté de l'entreprise de salissement et d'avilissement sans précédent qui est menée depuis deux ans à la tête de l'Etat. Du côté des partisans : silence gêné - mais parfois, déjà, des injures et des procès en grandiloquence.

Et puis il y a cette belle loi qui apporte des restrictions inimaginables au droit de manifester. Qui transforme les préfets en instruments de satisfaction des pires fantaisies de l'administration. Fantaisies contre lesquelles absolument tous les garde-fous de notre droit public sont tendus : l'une des premières notions que l'on apprend, c'est "la protection des administrés contre l'arbitraire administratif". Mais en fait non : on est juste capricieux. Eh, détends toi ! On est pas en Russie, cool, man ! Venant de gens qui souvent n'ont pas la moindre notion de droit - mais pas grave : dans notre France disruptive qui bouge un max, c'est fini ces conneries, tu comprends pas ?

Ce qui est désarmant dans tout ça, c'est que non seulement politiquement, je veux dire stratégiquement, ce pouvoir est abyssalement NUL, c'est-à-dire qu'il est à peu près aussi visionnaire que l'état-major français des années 30. Et que malgré tout, il est exigé de nous qu'on le respecte pour son "pragmatisme" et son "professionnalisme", les deux qualités qui lui font sans doute le plus défaut.

Mais en plus, il ajoute à cette nullité abyssale, révoltante, la vulgarité chaque jour aggravée d'un exercice du pouvoir qui souille les institutions comme jamais on ne les avait souillées. Même les barbouzeries mitterrandiennes étaient pleines de noblesse à côté de ces petits moulinets méprisables. Et le pire, dans tout ça ? Il faudrait qu'on se pince le nez, et qu'on se force à aimer ça. Une espèce de centrisme radicalisé, mou, et pourtant autoritaire et arrogant, comme l'était le pacifisme des années 30, nous impose désormais sa vision ridicule et erronée de ce qu'est, à ses yeux, la rationalité politique du moment.

En-dehors de ça, point de salut : tu es populiste, radical, utopiste, complotiste, aussi, de plus en plus souvent. Les extrême-centristes deviennent de plus en plus, dans les discussions même privées, de petits procureurs du bon sens et du pragmatisme. Si tu n'es pas sur le même trottoir qu'eux, tu es déjà gênant, pour ne pas dire suspect. 

Quelle horreur, sincèrement. Politiquement, ces trois ans vont être très, très longs à subir. Et ils le seraient un peu moins si l'on n'était pas certain que la France sera en bien plus mauvais état en 2022, après cinq ans de ce stupide traitement préfabriqué maquillé en audace, qu'elle ne l'était en mai 2017."