Je tiens à dire en préalable à cette lettre que je transmets ici, que l'aide-soignante est à mon sens la cheville ouvrière de l'équipe soignante. Ele a un rôle-clé, elle est l'interface entre l'hôpital et le patient hospitalisé. Dans un service, il y a d'abord l'agent de service hospitalier, que la convenance interdit de nommer davantage femme de ménage, l'aide-soignante et l'infirmière. L'infirmière est le lien entre l'équipe médicale d'un côté, l'équipe paramédicale et le patient de l'autre. 

C'est l'aide-soignante qui sert les repas aux patients, qui s'occupe de gérer leurs besoins naturels quand ils n'ont pas la capacité de le faire seuls, qui les change, fait leur toilette, les lève, les recouche. Le manque d'aide-soignante fait qu'elles n'ont pas le temps d'accorder à chacun le temps dont il devrait bénéficier. Et qu'elles sont contraintes de garnir de protections hygiéniques et de laisser au fauteuil ou au lit des patients qu'elles n'ont pas le temps de conduire aux toilettes ou de faire marcher. Les manutentions de patients ont raison des vertèbres de nombres d'entre elles. S'il y a un métier où la notion de pénibilité devrait intervenir en priorité, c'est bien celui d'aide-soignante.

Mais voici la lettre d'une aide-soignante à Macron :

Lettre ouverte

Une aide-soignante à Macron : "je vous accuse d’être responsable de violences policières"

Dans une lettre salée adressée à l'Elysée et partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux, Fiona, aide-soignante et gilet jaune, dénonce sans détour la politique du gouvernement et la violente répression perpétrée contre le mouvement social.

 

"Monsieur le président,

Je vous accuse.
Je vous accuse, vous ainsi que monsieur Castaner, et l’ensemble de ce gouvernement qui vous soutient, d’avoir non seulement bafoué sans scrupules les droits des citoyens français, mais également la déclaration universelle des droits de l’homme.

Vous avez accusé les désormais célèbres gilets jaunes d’être responsables des dégâts humains subis par les forces de l’ordre, ainsi que des dégâts matériels sur Paris et l’ensemble du territoire français.

Or, je vous accuse d’être responsables de cet état de crise inédit, que monsieur Castaner définit comme « contentieux social », sans lequel ces débordements et ces drames humains n’auraient pas eu lieu.

Je vous accuse, non pour les erreurs de vos prédécesseurs, mais pour avoir aggravé une situation sociale déjà presque invivable, vous qui voyez le monde de façon binaire : "les gens qui réussissent, et ceux qui ne sont rien".

Je vous accuse d’avoir, sous couvert de prétextes écologiques, augmenté des charges déjà écrasantes, qui finalement ne seront quasiment pas reversées au budget alloué à l’écologie, dont vous n’avez probablement cure, vous qui vous déplacez en jet privé pour vous rendre en Belgique...

Je vous accuse d’exiger des français de grands sacrifices, alors même que vous vous avérez être incapable de montrer l’exemple, tant en matière d’écologie que concernant votre train de vie et celui des gouvernements passés et présents.

Vous qui dépensez des sommes exorbitantes, notamment pour de la vaisselle ou une piscine hors sol, vous êtes le premier président français qui prétexte des raisons de sécurité pour ne pas vous baigner sur la plage qui jouxte la résidence d’été présidentielle.

Et vous vous étonnez de ce que votre peuple s’indigne ?

Lors de manifestations des gilets jaunes, j’ai moi-même, ainsi que des milliers d’autres personnes, été "parquée".

Je n’ai pas déposé de déclaration de manifestation, et cela n’a sans doute pas été fait.

Néanmoins, selon l’article 7 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, "Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la Loi, et selon les formes qu’elle a prescrites."

Or, j’estime que les actes que vous avez autorisé s’apparentent à de la détention :

Nous avons été bloqués, autour et dans Paris, par groupes plus ou moins grands, afin de nous empêcher de nous réunir, ce qui constitue une atteinte à notre liberté de circuler.

Toute personne portant sur elle, ou ayant en sa possession un gilet jaune était confinée par des barrages policiers, durant plusieurs heures, sans possibilité de boire, se restaurer ou faire ses besoins.

Au cours des nombreuses fouilles que nous avons subies, les forces de l’ordre retiraient lunettes de piscine ou de ski, masques respiratoires en papier et sérum physiologique, qui avaient pour seule vocation de nous protéger, et avec lesquels nous aurions été bien incapables de blesser qui que ce soit.

Or, il n’existe à ma connaissance aucune loi française interdisant d’avoir ces objets.

Vous cautionnez l’utilisation de canons à eau, et autres camions blindés ayant pour but de diviser les cortèges, lesquels sont là par votre faute.

En outre, nous avons essuyé des tirs de grenades GLI F4, de Flash-Ball ainsi que des gaz lacrymogènes très concentrés, donnant une sensation d’asphyxie, alors même que la foule était pacifique, encore une fois, pour empêcher les rassemblements de plus grands groupes.

Enfin, lorsque, faute de pouvoir respirer suffisamment, nous avons voulu quitter les lieux, les forces de l’ordre nous ont sommé d’enlever nos gilets jaunes et de les laisser sur place si nous voulions sortir.

Ainsi, nous devions leur donner notre seule arme, et symbole du mouvement.
Certains, paniqués de se sentir suffoquer se sont vus obligés de céder.
Parqués, humiliés, et gazés.
Cela ne rappelle que trop de sombres heures, mémoires du passé...

Vous avez remercié l’ensemble des forces de l’ordre pour leur courage et leur professionnalisme sans jamais souligner ni déplorer que certains aient abusé de leur pouvoir, ce que vous avez donc cautionné.

C’est pourquoi je vous accuse d’être responsable de violences policières et de préjudice moral, ainsi que de centaines de blessés, de mutilés, ayant subi des tirs de Flash-Ball en plein visage (alors même que vos forces de l’ordre sont censées viser le bas du corps), ou ayant eu une main arrachée par des grenades GLI F4, que nous sommes le seul pays européen à utiliser pour le maintien de l’ordre, en raison des blessures graves qu’elles peuvent causer.

J’estime que l’ensemble de ces agissements, bafouant, entre autres, l’article 432-4 du code pénal et l’article 7 de la déclaration universelle des droits de l’homme, ont été abusifs et disproportionnés, contraires aux droits humains et citoyens.

Dans l’attente d’une réponse de votre part, je vous prie de croire, Monsieur le président, à l’expression de mon plus grand respect pour la France et pour ce qu’elle fut.

 

Fiona, aide-soignante et citoyenne française"