En train de lire "La gloire de l'Empire" de Jean d'Ormesson, je suis très déçu qu'au sein de ce très bel ouvrage l'académicien mélange les notions de chiffre et de nombre, notamment en parlant du chiffre douze.

Douze n'est pas un chiffre. C'est un nombre. Chez nous il est composé de deux chiffres, le 1 et le 2, chez les Romains il est composé de trois chiffres, le X et deux fois le I.

Le nombre exprime une quantité. Le chiffre n'exprime aucune quantité, il est le juste le signe qui permet d'écrire le nombre. Soient trois pommes sur une table. C'est une quantité. Nous pouvons l'exprimer en chiffres arabes, 3 pommes, ou en chiffres romains, III pommes, ou encore en hébreu avec la lettre ghimel.

Par ailleurs le symbolisme du nombre et du chiffre sont souvent très différents, l'exemple le plus caractéristique étant le quatre. 

Le chiffre 4 a un sens qui se rapproche de celui de la croix, à laquelle il s'apparente graphiquement. Il intervient dans le dessin du chrisme, souvent appelé "quatre de chiffre", dont voici plusieurs exemples :

 

Avignon_différents_Quatre_de_chiffre

Le nombre quatre symbolise la terre. Il est représenté souvent par un carré. L'exemple le plus frappant est de voir ce qui se passe dans une église, sauf s'il s'agit d'un plan basilical. Surtout une église toscane, avec un dôme. L'intersection de la nef et du transept forme un carré, évoqué par le nombre quatre, elle est le lieu de la shekinah, la présence divine. Tout en haut est le cercle, qui représente le ciel. Il n'est pas représenté par un nombre, il est l'infini. Entre les deux, à la base de la coupole, il y a souvent un octogone. Le nombre huit est celui du monde intermédiaire et celui du Christ.

Alors, s'il vous plait, attention à ne pas faire la même erreur que Jean d'Ormesson.

Mais "La gloire de l'Empire" est quand même un ouvrage extraordinaire.