La puissance de l’effet placebo

 

Je reçois un jour en fin d’après-midi, j’étais interne en rhumatologie, un patient avec une sciatique hyperalgique. Il se tordait de douleur et ne simulait pas ! J’écris ma prescription sur le cahier de visite en disant au patient qu’on va lui faire une piqûre d’un calmant très puissant, je l’apporte aux infirmières : une injection intramusculaire de phényl-butazone, l’antalgique le plus puissant à l’époque en dehors de la morphine, interdit depuis en raison d’effets secondaires sur les globules blancs.

Le lendemain matin, la première chose que je fais en arrivant dans le service est d’aller voir le patient :

- Ah Docteur ! Miraculeuse votre piqûre ! Elle m’a calmé presque instantanément !

Quand j’arrive dans la salle de soins, l’infirmière me dit :

- Je n’ai pas eu besoin de lui faire la phénylbutazone, quand je suis arrivé dans la chambre avec l’injection prête il n’avait plus mal du tout.

Je retourne dans la chambre et demande au patient s’il a bien eu sa piqûre, il me dit oui et me montre son bras. C’était le test tuberculinique que l’on faisait systématiquement aux entrants.

 

Peu de gens réalisent la puissance de l’effet placebo, qui explique à lui tout seul l’efficacité de l’homéopathie. Si les Laboratoires Boiron n’ont jamais réalisé d’essai contrôlé en double aveugle pour prouver l’efficacité d’un traitement homéopathique contre placebo, c’est que l’issue est connue d’avance : pas de différence significative d’efficacité en faveur du produit « actif ». Pourtant des cohortes de patients sont réellement soulagées, constatent que ça marche, et refusent d’admettre que cela relève de l’effet placebo. Le déremboursement de l’homéopathie est une mauvaise chose. Car ces médicaments n’ont pas d’effet secondaire, et soulagent les patients. Ils ne sont pas coûteux et le déremboursement de l’homéopathie est même désastreux en terme économique. Le phénomène homéopathie et l’affaire du Lévothyrox relèvent du même mécanisme, à l’envers.

 

L’effet placebo est réel aussi en médecine vétérinaire et en néonatalogie, même si cela est difficile à comprendre pour certains. On dit souvent, à juste titre, que la façon de prescrire est aussi importante que ce que l’on prescrit. J’ai eu l’occasion de travailler à Paris, quand j’étais responsable des recherches cliniques d’un laboratoire pharmaceutique, avec un patron de médecine vasculaire étonnant : le Professeur Cloarec, dont le service était à l’hôpital Tenon. J’ai rarement vu un praticien avec un tel effet placebo intrinsèque. N’importe quel médicament devenait efficace quand c’était lui qui le prescrivait.

 

Quand vous donnez un médicament à votre chien ou à votre chat, l’efficacité du produit sera très différente selon que vous vous contenterez de dissimuler une pilule dans un bout de fromage posé ensuite dans la gamelle, ou que vous le lui donniez vous-même, avec caresses et paroles tendres. Idem pour un bébé.

 

Il y a un certain nombre d’années, il s’est passé quelque chose de remarquable, qui ne pourrait plus exister car la réglementation interdirait aujourd’hui au laboratoire d’agir ainsi. Un nouveau médicament pour l’asthme était sur le point de sortir. Un médecin, qui avait une patiente asthmatique qu’il n’arrivait pas à soulager efficacement, sollicite le laboratoire pour avoir des échantillons avant commercialisation. Il reçoit le produit, et le donne à sa patiente dont l’asthme est amélioré comme jamais elle ne l’avait constaté auparavant. Le médecin signale la chose au laboratoire et demande à recevoir des échantillons de placebo à la place du médicament actif, pour vérifier qu’il y a une efficacité réelle du produit. Dès qu’elle prend le placebo – elle ignore que c’est du placebo,  bien sûr – la patiente rechute. Le médecin demande alors à recevoir à nouveau le produit actif et la patiente guérit à nouveau. Il communique le compte rendu de son essai clinique en simple aveugle au laboratoire en disant qu’il faut le publier. Et là, patatras ! Le laboratoire avoue qu’il ne lui a jamais envoyé que du placebo. La conviction du médecin était d’une façon ou d’une autre communicative, et c’est pour ça que les essais cliniques sont conduits en double aveugle, ni le médecin ni le malade ne doivent savoir quel est le produit qui est administré.