(paru sur le site professionnel Univadis, réservé aux professionnels de santé)

Paris, le mercredi 20 décembre 2017 - L'annonce par le gouvernement de sa volonté de rendre obligatoires onze vaccinations chez l'enfant, vaccinations dont la réalisation conditionnera l'inscription à l'école, a suscité des réactions outrées et outrancières des groupes anti vaccinations. Déjà très actifs sur la toile, ces réseaux ont fourbi leurs armes ces dernières semaines, multipliant les interventions. La très remarquée sortie du professeur Luc Montagnier, vivement regrettée par ses pairs, aura constitué le point d'orgue de leur opération destinée à jeter le trouble et la confusion dans les esprits.

Des vaccins très efficaces

Face à cette entreprise de mystification délétère, la riposte s'organise. L'INSERM vient ainsi d'établir une mise au point détaillée, destinée à résumer les données scientifiques concernant les onze vaccins qui deviendront obligatoires à partir de l'année prochaine. Cette note se présente clairement comme une réponse au « débat d'opinion, souvent mal informé, alimenté par les arguments catastrophiques des lobbys anti-vaccins » qui a tenu la première place médiatique ces derniers mois. D'abord, l'INSERM rappelle que tous les vaccins ciblés par la décision du gouvernement présentent une efficacité égale ou supérieure à 90 %, à l'exception de la coqueluche dont l'efficacité est évaluée entre 85 et 90 %.
Adjuvants aluminiques : 90 ans de recul L'INSERM se montre plus prolixe en ce qui concerne les effets indésirables. L'Institut rappelle tout d'abord que ces effets «  sont généralement mineurs et de courte durée ». Les réactions allergiques qui peuvent être plus graves demeurent «  extrêmement rares » (1 cas sur 450 000). Puis, l'INSERM revient sur l'ensemble des allégations concernant les vaccins pour les écarter une à une. Il signale ainsi qu'il est « avéré que l'étude suggérant un lien entre vaccination ROR et autisme était une fraude scientifique » et relève que de « nombreuses études (…) ont infirmé le lien suspecté entre la vaccination contre le virus de l'hépatite B et des effets indésirables graves ».

A propos des adjuvants aluminiques, l'INSERM invite à se souvenir que l'on dispose aujourd'hui d'un recul d'utilisation de 90 ans et remarque que les rares travaux suggérant un risque de développer une myofasciite à macrophages sont isolés et non parfaitement étayées.

L'Institut évacue de la même manière les craintes concernant un potentiel « épuisement du système immunitaire » lié au caractère combiné des vaccins : cette thèse « ne repose sur aucune base scientifique » assène la mise au point. Au passage, l'INSERM rappelle que les données sont parfaitement rassurantes quant à l'efficacité comparable de la vaccination combinée et dissociée.
L'obligation ne suffit pas Outre ce passage en revue des effets indésirables supposés, l'INSERM se penche sur la pertinence de l'obligation. A cet égard, il ne peut que rappeler qu'il existe une « justification individuelle » et « collective » de la vaccination. Il avance également, telle une confirmation négative de l'impact de l'obligation, que les Français sont 55 % à affirmer qu'ils ne vaccineraient pas leurs enfants contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite si l'obligation était levée. Néanmoins, l'Institut ne peut taire les incertitudes qui existent quant à la «  corrélation stricte entre obligation et augmentation de la couverture vaccinale ». Ces limites signalent l'existence «  d'autres facteurs (…), tels que la capacité des systèmes de santé à atteindre tous les enfants : par exemple, la gratuité et la facilité d'accéder à l'acte vaccinal ». D'une manière générale, l'INSERM qui ne masque pas sa probable adhésion au principe de l'obligation vaccinale insiste sur le fait qu'elle doit s'accompagner de « plusieurs autres actions ». Il s'agit d'une plus grande implication de l'école, de la formation des professionnels, du développement de la recherche, mais aussi de campagnes de sensibilisation, dont cette mise au point de l'INSERM pourrait constituer un premier modèle.
Prix Nobel contre Prix Nobel Soulignons que cette initiative de l'INSERM précède ce vendredi une conférence de presse organisée par l'Université Paris Descartes, intitulée sans ambages : « Les vaccins : une chance pour nos enfants ». En présence de Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel de Médecine (prix qu'elle a partagé avec un certain Luc Montagnier !) et des professeurs au Collège de France Alain Fisher et Philippe Sansonetti, cette rencontre fera elle aussi le point sur les «  nombreuses contre-vérités scientifiques » qui «  circulent, mettant en exergue la prétendue dangerosité des vaccins ». Un point concernera notamment le prétendu lien entre mort subite du nourrisson et vaccination.