Hollande veut laver la peau des hommes plus blanc que blanc, en reprenant à son compte le slogan américain d’il y a une dizaine d’années : « one human race ». C'est une erreur grave de dire qu’il n’y a qu’une race humaine. Il y a une espèce humaine, et à l'évidence aussi des races multiples. Nier ainsi cette évidence donne au racisme de quoi s'enraciner. L'argumentation raciste est basée sur une perversion intellectuelle qui consiste à faire glisser la pensée de la différence à l'inégalité. La pensée moderne accepte mal que lorsque deux entités sont différentes on ne puisse pas dire laquelle est plus et laquelle est moins. C’est ce glissement qu’il faut combattre, il faut s'y attaquer et non nier des évidences.

Quelques évidences justement méritent d'être développées. Une assemblée germanique n'aura pas les mêmes aspects qu'une réunion de latins. D'un côté le verbe sera plus lent, la réflexion peut-être moins rapide, de l'autre la volubilité pourra nuire à l'ordre et la rapidité conduire à la superficialité. Les latins seront en général plus vifs que les teutons, mais seront plus confus, plus brouillons, et leur réflexion n'aura pas toujours la même profondeur. Ce premier exemple, au sein d'une même race que l'on nomme aujourd'hui caucasienne, illustre une différence de tendance évidente à qui connaît ces deux peuples, mais ne saurait prétendre dire lequel est au dessus de l'autre. Il en est de même pour les races, chacune possède des tendances qui relèvent à la fois des caractères génétiques et de l'environnement culturel et social.

Des analogies géographiques peuvent être observées entre les peuples et les animaux. Prenons un exemple : l'Afrique et l'Asie. En Afrique, le plus représentatif des félins est le lion, en Asie c'est le tigre. Le lion est sexuellement identifiable même pour un observateur peu au fait de la zoologie, sa crinière impressionnante le distingue sans équivoque de la lionne, alors que le tigre et la tigresse n'ont pas de différence morphologique aussi nette, la femelle et le mâle sont malaisés à reconnaître s'ils ne sont pas en couple, le mâle est alors en général plus gros. Le lion vit « en famille » et n'est pas aussi solitaire que le tigre, sa supériorité dans le groupe est apparente, une étude attentive montre la place importante de la femelle, pas si soumise que cela. La rencontre et le combat de deux lions sont très spectaculaires, font beaucoup de bruit, mais peu de mal, c'est une démonstration rituelle de la force sans l'exercer vraiment, qui se termine par des égratignures, des poils arrachés, la soumission du vaincu qui cède sa place et ses femelles. La rencontre entre deux tigres fait le plus souvent deux morts, le vainqueur survit rarement à ses blessures. En Afrique on observe un affichage de la sexualité vécue comme une force, une différenciation importante des rôles respectifs du mâle et de la femelle, où la prééminence n'est pas aussi évidente que l'observation première le suggère. La violence est contenue dans la démonstration de la force et dans la menace. En Asie, beaucoup plus de violence vraie, moins d'artifice, plus de ruse et de cruauté, moins de démonstration de force, moins de poids de la sexualité. Les caractères observés sur les animaux semblent transposables à de nombreuses observations sur les peuples.

(L'Afrique et l'Asie ont tant été « occidentalisées » au cours du XXème siècle, que ces observations n'ont plus autant cours aujourd'hui qu’il y a quelques décennies. La violence des guerres tribales que l'on voit actuellement en Afrique doit sa plus grande part aux désastres induits par la conduite des occidentaux).

A quoi rime cette réflexion? Comme avec les latins et les teutons, il ne faut pas nier ces différences, mais bien malin ou bien malhonnête sera celui qui dira qui est inférieur et qui est  supérieur.

Ces caractéristiques de groupe ne doivent pas être transposées à l'individu. Au sein de chacun des groupes sur lesquels on ferait de telles observations il existe une très grande diversité interindividuelle et non seulement toutes les formes intermédiaires entre deux peuples même très différents se rencontrent sans solution de continuité mais les expressions communes à des groupes pourtant très différents sont aussi courantes. Il ne faut pas non plus attacher de l'importance aux critères morphologiques tels qu'on a tenté de les définir dès le XIXème siècle, ni établir comme cela a été fait sans fondement des correspondances hasardeuses entre les critères de forme et les aptitudes psychologiques. Toutes les tentatives faites à ce niveau ont été des échecs. Les caractéristiques de groupe relèvent beaucoup d'éléments culturels et traditionnels transmis autrement que par la génétique, l'intégration des immigrants au fil des générations dans toutes les grandes migrations de l'histoire en est l'illustration.

Les observations génétiques vont à l'encontre des thèses racistes. Il n'y a pas plus de différence génomique entre deux hommes de race différente qu'entre deux caucasiens ou deux asiatiques. C'est même une observation étonnante qui a été faite, car s'il est indiscutable que la couleur de la peau est portée par des gènes, ceux-ci sont si discrets en regard de l'ensemble du génome qu'aucun généticien actuellement ne peut aisément dire la race de celui dont il observe les chromosomes. Mais ce n’est pas une raison pour nier le concept de races au pluriel.

Le métissage est nécessaire à la survie de l'homme. Le concept de préservation d'une race pure est un des plus absurdes et des plus ineptes qui existent. Le métissage « inconsidéré » ne conduira jamais à une race unique insipide et indéterminée, au contraire. Au lieu d'une vague uniformisation, le métissage débouche sur une nouvelle variété des peuples et des hommes, comme si on agitait un kaléidoscope où les couleurs seraient celles de l'humanité. De la même façon que les morceaux de verre de ce jouet engendrent des combinaisons, des formes et des aspects nouveaux toujours aussi riches, et ne se mélangent pas en une couleur fusionnant les autres, les mélanges de races n'aboutiront jamais à une race unique résultant de toutes ses composantes. Par contre, la volonté de préserver une race en évitant les échanges ne peut conduire qu'à la sclérose et à la dégénérescence. En Europe occidentale, nous sommes riches de l'immigration romaine, des invasions barbares et de la percée maure sur la moitié sud de la France.

Les mémoires d’Hamadou Hampâté Bâ illustrent d’une façon étonnante la coexistence et les différences entre les colons blancs en Afrique Equatoriale Française et les peuples noirs de la boucle du Niger, notamment les Peuls. A aucun moment le discours n’est critique vis à vis des colonisateurs, c’est une observation fine où aucun jugement n’est exprimé, une chronique souvent drôle, pertinente, mais entre les lignes se dessine une formidable évidence : la transcendance spirituelle d’une élite noire qui passe complètement inaperçue des blancs, à l’exception de quelques esprits éclairés comme Théodore Monod. Je conseillerais bien à tous ceux et celles qui pensent que les talents des noirs se limitent à la musique et la course à pied de lire ces livres, mais comme il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut rien entendre, ce conseil risque d’être vain. La fausseté du jugement où les arguments sont bâtis a posteriori sur des craintes sourdes et inexprimables est la base du racisme et de l’antisémitisme.