Nous avons quitté Tanger avec une prévision météo qui nous promettait peu de vent et beaucoup de moteur. Dès la sortie du port, un vent de nordet, au travers, nous assure toutes voiles dessus une vitesse de plus de 7 noeuds. La nuit tombe et tout l’horizon, devant, à droite et à gauche se charge de nuages noirs et se zèbre d'éclairs qui m'inquiètent. Le vent monte. On roule du génois, on prend un ris vers minuit, et nous continuons à bonne vitesse, toujours près de 7 noeuds, sous le génois seul à moitié enroulé. Cela forcit encore. Nous affalons la grand-voile. La lune se cache derrière l'orage et nous enlève sa lumière, mais les éclairs qui se succèdent sans le moindre temps mort, sans la moindre obscurité, sur tout l’horizon à 360°, nous éclairent en permanence.

Puis d'un seul coup, un peu avant 3h du matin, quelques milles au nord de Trafalgar, c'est l'enfer. La foudre explose de tous les côtés .Je suis très anxieux mais elle nous épargne. Xavier, qui partage mon anxiété, me dit n'avoir jamais vu de sa vie un orage aussi violent. Moi de même, j'ai la hantise des orages en mer avec ce mat pointé vers le ciel comme un paratonnerre. Au mieux la foudre grille tout le matériel électrique et électronique du bord, au pire elle coupe le bateau en deux instantanément et nous n'avons même pas le temps de mettre le radeau de survie à l'eau avant de couler.

La mer est confuse, une pluie torrentielle s'abat sur nous. Nous démontons en hâte le bimini qui menace d'être arraché. Le pilote ne tient plus le bateau qui est le jouet des vents erratiques et des vagues croisées. Je décide de mettre en cape sèche. Nous allons tous dormir un peu pendant que JP reste à la veille pour voir si la dérive ne nous rapproche pas dangereusement des côtes, malsaines car débordées de hauts fonds, que nous longeons à 5 milles environ.

Une heure plus tard je l'entends qui mets le moteur en route. Les orages passent sur l'arrière et le vent baisse. Nous aurons la flemme de remettre les voiles avant l'arrivée proche. Nous ralentissons pour ne pas arriver de nuit et à l'aube nous entrons dans le port de Cadix, d'où on nous chasse car il n'y a pas de place disponible.

Nous allons deux ou trois milles plus au nord, dans la marina sympa de Puerto Sherry. Décompression, courses à la supérette du coin, douche, repos. Philippe nous a préparé un festin qui nous change des simples sandwiches de la nuit. Apéro avec le chorizo local, excellent, omelette au chorizo, au piment et à la ciboulette, tranches d'aubergine panées, le tout avec un Rioja tinto tout à fait honnête.

Demain nous prendrons la navette pour Cadix et visiterons la ville. Ensuite nous verrons, nous ne sommes pas pressés d'arriver à Madère, et nous nous tâtons pour savoir si nous ne remonterons pas le Guadalquivir tout proche pour faire un crochet de deux ou trois jours à Séville.