oldgaffer

Billets et humeurs d'un médecin marin et écrivain

25 février 2009

Venise Carnaval 2009

J'étais déjà allé à Venise. En 1958. J'avais 10 ans, j'étais avec mes parents et des amis. J'ai chez moi le miroir qu'ils ont acheté cette année-là à Murano et dont j'ai hérité à leur disparition. J'y tenais, j'avais assisté à l'achat et j'ai toujours eu ce miroir sous les yeux chez mes parents pendant un demi-siècle. J'avais encore des souvenirs très nets de la place Saint Marc, du campanile, du Rialto et du pont des Soupirs, malheureusement invisible cette année pour cause de travaux.

Dans les albums photos (ci-contre), l'un  d'entre eux rassemble une sélection de celles prises la semaine dernière. De la même façon, dans l'album photo "reflets" j'ai ajouté des photos prises sur les canaux de la Cité des Doges. Comme vous le verrez sur une des photos, la populace avait envahi la ville le samedi après-midi, il était urgent de fuir. Mais nous avons eu deux belles journées de tranquillité.

Dire que la ville m'a enchanté est très en dessous de la vérité. Nous l'avons arpentée dans tous les sens 14 heures par jour, guidé par notre ami Régis qui la connaît comme sa poche. Il fallait le voir marcher à grands pas dans les ruelles sans hésitation, puis s'arrêter brusquement devant une porte en bois sans aucune marque en disant "c'est là". Il poussait la porte et nous étions dans un bar à vin local dépourvu du moindre touriste, sauf nous bien sûr.

J'ai une longue liste de tout ce qui me reste à voir. Je dois donc impérativement y retourner bientôt.

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22 février 2009

Sassicaia

De retour de Venise où nous étions pour le Carnaval avec un groupe d'amis. J'en parlerai ultérieurement. Au retour, Régis a absolument voulu que nous fassions étape à la Lanterna Blu, à Tornino, bourgade sans aucun intérêt où il a ses habitudes chaque année au retour de Venise.

La Lanterna Blu est un hôtel correct, mais surtout un restaurant très correct et enfin et par-dessus tout elle propose une cave exceptionnelle. Régis voulait nous faire goûter une bouteille de Sassicaia.

C'est à la Lanterna Blu, au début des années 50 qu'Enzo Ferrari et Pinin-Farina ont signé l'accord historique qui veut que ce carrossier soit depuis lors le designer des Ferrari de Grand Tourisme.

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Régis est un grand connaisseur en vins, surtout en Bourgogne (il a un chateau là-bas et une cave que bon nombre de grands restaurants lui envieraient). C'est chez lui que j'ai goûté le meilleur vin blanc que j'ai jamais bu, un Montrachet, et c'est lui qui m'a fait découvrir aussi le meilleur vin rouge que j'ai jamais bu, et qu'il ait jamais bu lui-même me dit-il alors qu'il possède et déguste des Romanée-Conti, connaît bien les Petrus, Cheval Blanc et autres grands crus du Bordelais. Ce vin est le Sassicaia.

DSC03144_redimensionnerDans les années 90, un grand jury européen réunissant les meilleurs sommeliers, a comparé à l'aveugle tous les grands crus de Bordeaux : Mouton-Rothschild, Château-Laffite, Château-Margaux, Cheval Blanc, Petrus, il y en avait une douzaine en tout au milieu desquels une bouteille de Sassicaia, ce vin des côtes de Toscane dont le terroir est très similaire au Médoc, le cépage aussi : du Cabernet-Sauvignon.

Le Sassicaia est sorti premier, à l'unanimité. Le Petrus était cinquième.

Une bouteille de Petrus approche les 1000€ chez un négociant (signalons qu'un Romanée-Conti dépasse les 6000€), le Sassicaia 2000, au restaurant, malgré le coefficient multiplicateur du restaurateur, est à la carte pour 140€.

C'est vraiment ce que j'ai senti de meilleur (arômes très forts de sous-bois et d'humus), et bu de meilleur également. Parfaitement homogène, exceptionnel en tout, il déclassait le vin que nous avions bu d'abord, un Brunello de Montacino à 50€ que nous aurions trouvé remarquable s'il n'y avait pas eu le Sassicaia derrière.

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15 février 2009

Loeb superlatif

Il l'a fait ! Sébastien Loeb a remporté le rallye de Norvège sur la neige devant les spécialistes scandinaves. Je suis allé au magasin des superlatifs pour en trouver un adapté, il n'y en avait pas de la bonne taille.

Comment dire à quel point c'est énorme ce que Loeb a fait ? En avance de peu, Hirvonen a laissé Loeb passer en tête à l'issue de la première journée pour qu'il balaye la route le lendemain et perde du temps. Seb a répliqué en gagnant, en remportant des spéciales contre le calcul de son adversaire. Hirvonen n'arrive pas à suivre, il calcule. Loeb ne calcule pas, il va plus vite, c'est tout. Même si le terrain est favorable à ses adversaires. Même si ses adversaires essaient d'exploiter les pièges du règlement.

Certains diront que Loeb est au rallye ce que Shumacher fut à la F1. C'est vrai à un détail près : le plus souvent Schum roulait tout seul sans adversaire.

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12 février 2009

Amusettes et fracas de lit

Bien aimé cette anecdote des années 30 : à Londres était organisé un concours de sosies de Charlot. Chaplin, facétieux, s'y rend anonymement pour concourir. Il a été jugé peu crédible et classé 27ème.

Bien aimé aussi l'histoire de cet américain qui avait fait assurer ses 25 havanes hors de prix contre tous les risques, y compris l'incendie. Après les avoir fumés, il a déclaré 25 petits incendies. L'assureur a contesté mais a perdu son procès. Il a payé. Puis il s'est vengé en attaquant 25 fois le fumeur pour incendie volontaire et escroquerie à l'assurance. Le fumeur a été condamné 25 fois.

Restons chez les américains en justice : j'aime beaucoup cet interrogatoire de témoin par un avocat :
- Avez- vous eu des rapports sexuels avec l'accusé à Miami ?
- Je refuse de répondre à la question.
- Avez- vous eu des rapports sexuels avec l'accusé à Seattle?
- Je refuse de répondre à la question.

- Avez- vous eu des rapports sexuels avec l'accusé à Los Angeles?
- Non.

Pour terminer revenons à nos avocats français. Précisons d'abord un point de vocabulaire marseillais : à Marseille, un constat d'adultère se dit couramment en langage populaire un fracas de lit. Un jour un avocat rencontre sur les parvis du palais de justice de Marseille une ancienne cliente et lui demande ce qu'elle fait là.
- Ne m'en parlez pas, Maître, je viens pour la petite, que son mari il lui a fait un fracas de lit.
- Mais dîtes-moi, il y a quelques années, c'est après que votre mari vous avait fait un fracas de lit à vous aussi que je vous avais défendue ici-même, non?
- Ne m'en parlez-pas ! Dans la famille on n'a pas de chance, on n'épouse que des cocus !



 

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05 février 2009

Les livres qui puent

Je n'aime pas Kouchner. Je l'ai toujours considéré comme un arriviste sans scrupule, un carriériste affamé d'honneur et de fric. Qu'on se souvienne de sa tentative de se faire nommer Professeur en Médecine Humanitaire, une chaire qu'il voulait faire créer rien que pour lui. J'ai eu indirectement affaire à lui quand j'étais dans la Commission Médicale d'Amnesty International à Paris, au début des années 80, il était à Médecins du Monde. Nous prétendions nous occuper de la prise en charge des réfugiés politiques qui avaient été victime de torture, Kouchner prétendait nous en empêcher, "laissez-faire ceux qui savent", disait-il en quelque sorte dans la lettre comminatoire qu'il nous avait adressée, ce qui sous-entendait "n'empiétez-pas sur mon fond de commerce".

Pour moi la seule cause humanitaire qu'il ait jamais défendue c'est son intérêt personnel.

Mais je suis toujours très choqué quand un livre jette en pâture au public ces pages de purin malodorant. Qu'il y ait ou non une part de vérité ne change rien à l'affaire, le procédé est indigne, et le journaliste qui se drape dans un rôle de justicier ne cherche rien d'autre qu'à aller à la soupe sur le dos d'une personnalité. Ce Pierre Péan qui se prétend journaliste n'est qu'un méprisable charognard.

Sans connaître le fond de l'affaire, sans pour autant apprécier Kouchner davantage, je suis de son côté dans cette situation.

Autre livre qui pue : celui de Ségolène. J'espère que les Français réalisent ce à quoi ils ont échappé.

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04 février 2009

Dialogue de sourds aux urgences

Je vis en bonne entente avec mes confrères des urgences mais parfois je n'entends rien à leur pratique.

Hier, une patiente a été hospitalisée pour chute avec traumatisme crânien. En dehors d'un hématome de la face, l'urgentiste ne note rien d'anormal, sauf que la patiente est devenue sourde depuis sa chute.

Radiographies, scanner, bilan à la recherche d'une cause à cette surdité brutale. Fracture du rocher? Hématome intra-cérébral? Que nenni ! Tout est normal.

La patiente est hospitalisée pour surveillance de son traumatisme crânien et recherche des causes de sa surdité brutale.



J'ai fait le diagnostic en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.



La patiente était déjà sourde, elle avait cassé son appareil en tombant.

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01 février 2009

Robert et Naomi James Rhum 1982

Comme je dis ci-dessous, à l'automne 1982 j'étais le parrain de Robert James qui disputait la route du Rhum sur son trimaran "Colt Cars".

Célèbre marin britannique, vainqueur de la course autour du monde en équipage, il venait de gagner le tour des îles britanniques - il faisait équipage avec son épouse - devant Chay Blyth sur Brittany Ferries. Naomi m'a raconté leur arrivée à Cork, au sud de l'Irlande, où les James avaient une maison qui dominait la baie où se tenait l'arrivée. Sitôt leur bateau amarré, ils se sont précipités chez eux pour saluer depuis les transats posés en vitesse sur la pelouse au bord de l'eau, Chay Blyth qui les suivait de près, comme s'ils étaient arrivés depuis des lustres.

Quelques années plus tôt, pendant que son mari disputait la course autour du monde, Naomi a fait son tour du monde à elle, en solitaire. Elle a été anoblie par la reine pour cela.

Le jour du départ de la route du rhum, j'ai accompagné Robert et son équipage (Jeff Houlgrave et un autre équipier dont je n'ai pas retenu le nom) sur la ligne de départ, de Saint-Malo au cap Fréhel. Ci-dessous la photo, le ciré jaune c'est moi.

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Il y avait un bon vent d'est qui forcira progressivement jusqu'au coup de vent. Lorsque la grand-voile a été envoyée, j'ai été bluffé par l'accélération immédiate qui a failli me déséquilibrer. Comme une voiture au démarrage. Nous avions rendez-vous sur la ligne avec mon frère, Aline et un équipier, qui nous rejoignaient sur mon voilier pour tous nous débarquer sur la ligne en laissant Robert seul à bord. Nous avons eu des problèmes pour nous retrouver car à l'époque je n'avais pas de VHF et nous communiquions par des talkies walkies aléatoires. Robert m'a promis de m'offrir une VHF s'il gagnait le rhum, dont il était un des deux grand favoris avec Marc Pajot sur le catamaran Elf Aquitaine.

Le vent d'est et le courant nous ont alors entraînés bien au-delà de Fréhel, et une fois le départ donné, ce fut la croix et la bannière pour revenir contre vent et courant, sous foc de brise et un ris, sur mon petit bateau de l'époque, "Cadran Solaire", un Kelt de 7,60m seulement. Après des heures de louvoyage, la nuit tombant, j'ai pris la décision de nous réfugier dans le petit port de Saint-Cast, bien qu'il soit fort exposé à la houle d'est. Nous avons amarré le bateau sur les bouées de l'avant-port et débarqué en annexe. Soirée bien arrosée dans une crêperie en écoutant la radio pour suivre la course. Dès le départ Robert avait pris la tête. Il ne la lâchera que lorsque sa têtière de grand-voile et ses drisses casseront, l'obligeant à l'abandon et à laisser la victoire à Marc Pajot.

Flash back :

Pendant toute la semaine qui a précédé le départ je m'étais mis en congé de l'hôpital de Dinan pour me consacrer à l'organisation. Je me souviens que nous sommes allés une nuit dans le brouillard sur la pilotine du club chercher Marc Pajot qui attendait derrière Cézembre, n'osant pas s'aventurer dans les passes sans visibilité, le brouillard occultait les lumières des phares et des balises. Pendant que nous remorquions Pajot dans les passes entre le Grand Jardin et le Buron, il était près de 3h du matin, nous avons doublé Tabarly qui fonçait sans état d'âme dans le brouillard. Il a déclaré n'avoir pas besoin d'assistance, simplement il souhaitait que nous lui disions grâce à notre radar s'il était bien dans le chenal ou s'il allait sur les rochers. En Bretagne Nord, on avait coutume de dire : "Là où Tabarly passe les crabes portent un casque".

Je me souviens fort bien de ce café noir après une nuit blanche au yacht club encore ensommeillé, il n'y avait que Marc Pajot et moi au bar, nous le sirotions ensemble.

Déçu par l'abandon de Robert, je décidais d'attendre la suite des courses océaniques, bien décidé à le supporter et à aller le soutenir dans tous ses départs.

Le destin en a décidé autrement.


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Je ne me souviens plus si le fils de Robert et Naomi est né peu avant ou peu après la disparition de son père.

Posté par oldgaffer à 21:30 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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