Je suis de garde à l'hôpital ce soir. J'étais aussi de garde le 11 juin dernier. j'appréhendais beaucoup le travail qu'il y aurait la nuit du 11 au 12. C'était la pleine lune. Les nuits de pleine de lune, les parturientes pondent leurs oeufs même si ce n'est pas encore la date, les cardiaques s'essoufflent, les asthmatiques sifflent plus fort que les arbitres, les rhumatisants geignent, les fous s'agitent. Or ce fut une nuit calme, tranquille, sereine, limpide, et je pourrais faire défiler tout le dictionnaire des synonymes. Ce soir, ça s'annonce encore très calme. Pas mal de lits vides dans mon service habituellement saturé, pas un appel.

C'est que de la même façon que le CPE avait éradiqué la chikungunya et la grippe aviaire -plus personne n'en parlait- la coupe du monde de football guérit les malades. Les asthmatiques respirent clairement, les rhumatisants ne souffrent plus, les bébés attendent pour naître, les fous sont calmes, les cardiaques retrouvent des couleurs, les familles ne font plus le siège du moindre soignant avec des listes de doléances à faire pâlir les catalogues de revendications d'un cégétiste de base, et le médecin de garde peut se consacrer à son blog.

Je pars en vacances en mer à la fin de la semaine. A mon retour, pour ma première garde, tout sera revenu à la normale. Les patients souffriront à nouveau, leurs entourages seront aussi pénibles à supporter, et le bip sonnera souvent dans la nuit.

Certes, je vais rater la finale, mais je la rate de toute façon, même quand la télé est allumée dans la pièce à côté. Chez mes parents, en 1998, ils étaient bien contents tous (toute la famille, directe et par alliance) que je m'occupe du barbecue pendant que Zidane marquait 2 buts (si ! c'est vrai ! en 1998 il en marquait !) ou qu'Emmanuel Petit nous donnait le 3 à 0 face au Brésil. Je râlais parce que personne n'avait voulu manger dehors pour être devant la grande lucarne. Pour être honnête, je dois dire que s'il y avait eu un grand prix de Formule 1, ils auraient tous été dehors, et moi devant la télé une assiette sur les genoux. Et pour le barbecue, qu'ils aillent tous se faire cuire un oeuf. Mais la Formule 1 ne guérit pas les malades comme le football. C'est dommage. Je râle comme un pou quand mon bip sonne alors que je regarde les vroom vroom.

Bon. je vais faire un café à mes infirmières de nuit, puis choisir un petit DVD avant d'aller au dodo.

A bientôt.