Vu sur les étranges lucarnes ce soir : des alpinistes dans l'Himalaya se shootent au Viagra pour monter plus facilement vers les 8000 mètres. Non, ce n'est pas pour économiser le poids d'un piquet de tente quand ils dorment sur le dos.

C'est que l'histoire de ce médicament est amusante. Cette classe de médicament fait partie des tonicardiaques. Les molécules de ce type, en se fixant sur certains récepteurs du muscle cardiaque, augmentent sa force contractile. Le chef de file de ces produits, administré par voie intra-veineuse en réanimation cardiaque, est l'Enoximone mais il ne peut être utilisé que dans les phases aiguës, en soins intensifs ou en réanimation. Les centres de recherche ont alors cherché (comme leur nom l'indique) un produit de cette classe mais pouvant être prescrit par voie orale, au long cours, chez certains insuffisants cardiaques. On a ainsi découvert le Sildénafil, c'est à dire le Viagra. On a vite remarqué que les patients traités retrouvaient de façon tout à fait inattendue une vigueur sexuelle qu'ils croyaient perdue, tandis que les résultats sur le coeur n'étaient pas terribles. On s'est alors aperçu qu'il y a cinq types de récepteurs pour ces médicaments : les récepteurs du muscle cardiaque, certes, mais aussi ceux des corps caverneux, responsables de l'érection. Or le Sildénafil a beaucoup plus d'affinité pour les corps caverneux que pour le myocarde.

Il n'empêche qu'il a encore quelque activité côté coeur et que s'il peut résoudre les peines de coeur dues aux difficultés érectiles il peut aussi soulager la peine du coeur en atmosphère pauvre en oxygène. Je trouve amusant, même s'il s'agit de dopage (appelons un chat un chat), qu'un médicament retourne à son indication originelle après un tel détour.