Mon ami Gérard n'aime pas Noël, il le dit à cette adresse :

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Moi, ce que je n'aime pas, c'est la fête déracinée, la consommation outrancière avec une perte du sens de cette fête. Je n'aime pas le père Noël, personnage publicitaire de Coca Cola au début du siècle dernier, je n'aime pas la façon dont le monde moderne vit Noël. Si la plupart des éléments historiques que donne Gérard sont vrais (sauf la référence à Mithra dont le culte avait disparu plus de mille ans avant la fondation de Rome), on peut voir les choses différemment.

De tous temps, dans toutes les civilisations traditionnelles, on a fêté les solstices : solstice d'été en juin, solstice d'hiver en décembre. La progression de l'un à l'autre marque le passage d'un symbolisme solaire à un symbolisme polaire, d'un soleil physique à un soleil spirituel, en quelque sorte de la matière à l'esprit.

Dans l'Egypte ancienne, Seth va au midi et Horus au nord, ce qui illustre sa supériorité.

Chez les romains, les fêtes solsticiales étaient les fêtes de Janus, le dieu aux deux visages, le passé et l'avenir. C'était les fêtes des congrégations de marchands et d'artisans, les "collegia fabrorum", ancêtres des corporations du Moyen-âge.

Le Christianisme a remplacé les fêtes de Janus par les fêtes des deux Saint Jean, le Baptiste et l'Evangéliste. Il ne s'agit pas de "récupération" d'une fête païenne dans un simple souci de fidélisation de la clientèle, comme on pu le dire aussi lorsque les églises étaient construites sur les mêmes sites que les temples antiques. Dans les deux cas, en des temps où les "choses traditionnelles" étaient mieux partagées et comprises qu'aujourd'hui, les lieux de culte relevaient d'une géographie sacrée qui était la même pour l'ancien culte qui disparaissait, ayant fait son temps, et le nouveau, de même pour les dates.

Jésus n'est pas né à Noël. Tout le monde le sait, cette date a été fixée en raison du symbole que constitue son arrivée à la culmination du soleil spirituel, à la fête solsticiale d'hiver. Et il est exact que pour les mêmes raisons, mon cher Gérard, on avait fixé la naissance de Mithra au solstice d'hiver. La vraie date n'a aucune importance, aucun intérêt. Ce qui compte c'est ce qui donne sens, pas ce qui est exact. Je dis souvent que la vérité est plus dans les mythes que dans l'histoire.

Les trois fêtes principales du Christianisme sont Noël, Pâques et Pentecôte. L'incarnation, la mort/résurrection, la réalisation, ces trois fêtes sont respectivement celles du corps, de l'âme et de l'esprit. (Honte au concile de Vienne au XIVè siècle qui a confondu l'âme et l'esprit en un seul concept, faisant de l'homme un être binaire et non plus ternaire, connerie monumentale dont s'est emparé Descartes dans les égarements graves de son discours de la méthode, concile qui a également condamné les Templiers au bûcher).

Honte à l'église moderne qui par mercantilisme a fait de l'Epiphanie une fête mobile, alors qu'il doit s'agir d'une fête fixe, le 6 janvier. Le décalage entre Noël et l'Epiphanie (un peu plus de douze jours, pas tout à fait treize) est exactement celui entre l'année lunaire et l'année solaire. Il représente le raccordement entre les deux "grilles" de calendrier de l'Eglise, les fêtes fixes (Noël, Toussaint, Assomption ...) et les fêtes mobiles fixées selon la date de la première lune de printemps (Carême, Pâques, Ascension, Pentecôte).

Mon cher Gérard, moi aussi je peine à vivre Noël comme nos contemporains, mais pas pour les mêmes raisons que toi. Je suis croyant, et je cherche désespérément le sens de ce moment de l'année dans toute l'agitation autour de moi, et ce n'est pas l'Eglise moderne qui peut nous aider à mieux le vivre !