On nous parle tant des génériques, on nous dit tellement de sottises, que je veux dire ce que j'en pense.ga7121

J'AI EU UN MORT A CAUSE DES GENERIQUES. Ce n'est pas la toxicité du produit qui est en cause. Mon patient avait l'habitude de prendre trois fois par jour une petite pilule rouge pour la circulation et un sachet d'aspirine le matin. Les patients, surtout d'un certain âge, ne connaissent souvent pas le nom des médicaments qu'ils prennent. "Docteur, c'est un petit comprimé blanc dans une boîte bleue", me disent-ils quand ils ont oublié d'apporter leur ordonnance. Chez mon patient, en raison de troubles du rythme cardiaque susceptibles d'engendrer un accident embolique, j'ai remplacé l'aspirine par un anticoagulant, en lui laissant sa petite pilule rouge pour la circulation trois fois par jour. Le pharmacien, à la place de la pilule rouge, lui a donné un générique. Blanc. L'anticoagulant qui remplaçait l'aspirine était un petit comprimé rouge. Mon patient a pris un comprimé par jour du générique au lieu de trois, croyant que c'était le nouveau médicament, et trois petites pilules rouges comme il en avait l'habitude au lieu d'une seule, ce n'était plus le même médicament, c'était un anticoagulant très puissant pour lequel il est très dangereux de dépasser la dose prescrite. Mon patient est mort trois ou quatre jours plus tard aux urgences d'une hémorragie digestive massive irrécupérable.

Chez les personnes agées, qui sont habituées à leur traitement, tout remplacement de médicament doit être expliqué soigneusement, et quand il n'y a pas d'autre raison que la substitution par un générique, il vaut mieux l'éviter.

LE GENERIQUE CE N'EST PAS EXACTEMENT LA MEME CHOSE ! On vous ment quand on vous dit que c'est le même médicament dans la propagande de l'assurance maladie. La tolérance de variation en principe actif peut aller jusqu'à plus ou moins 10%, voire 15% dans certains cas. Et même si le principe actif est toujours le même, ça ne suffit pas, ou alors il faut m'expliquer que la galénique ne sert à rien. Elle est souvent très élaborée dans le médicament original, et "faite à l'économie" dans la copie, puisqu'il ne s'agit que d'avoir le même principe actif. Une de mes patientes a fait des allergies graves à un générique, alors qu'elle n'en faisait pas au médicament princeps, je dois depuis marquer "non substituable" sur mes ordonnances, ce qui lui fait risquer d'avoir à payer la différence de prix ! L'excipient du générique en question est allergisant chez elle, pas celui du médicament d'origine.

LA POLITIQUE DU MEDICAMENT EN FRANCE EST DEBILE. Il existe depuis longtemps la politique du co-marketing, où on oblige un laboratoire étranger, pour mettre sur le marché un médicament en France, à laisser un laboratoire français le commercialiser parallèlement, en général sous un autre nom. Non seulement ça multiplie les risques de confusion, mais ce protectionnisme masqué servant à pallier les carences de la recherche pharmaceutique française multiplie inutilement les identités d'un même produit.

Ce protectionnisme permet par ailleurs à certain laboratoire français de mettre sur le marché des médicaments à des prix bien supérieurs aux concurrents alors qu'ils n'apportent rien de plus, de le laisser publier des études truquées et des informations mensongères sur les médicaments qu'il fabrique, sans sanction ni rappel à l'ordre, avec la complicité "d'autorités compétentes" pour lesquelles je ne sais pas faire la part des choses entre l'incompétence et la vénalité.

LA RECHERCHE PHARMACEUTIQUE EST BIAISEE. La recherche de nouveaux médicaments se heurte à des écueils majeurs :

  • Un coût difficile à imaginer pour arriver à mettre sur le marché de nouveaux médicaments. Actuellement seuls de très grands groupes (ça contribue aux grandes concentrations que l'on voit se constituer en permanence) ont les reins assez solides pour cela. J'ai travaillé trois ans dans le centre de recherches d'un laboratoire pharmaceutique, et j'ai avant et après cette expérience souvent participé en tant que clinicien à des essais de nouvelles molécules. J'ai vu à deux reprises, une fois pour un médicament de l'insuffisance cardiaque, une autre fois pour un traitement de l'infarctus du myocarde, les études interrompues parce que le produit avait des effets secondaires rédhibitoires. Dans les deux cas, le centre que j'animais (il y en avait des dizaines en France et des centaines dans le monde) avait coûté au promoteur de l'étude plusieurs dizaines de milliers de francs (coûts de fonctionnement ! il n'y a pas eu d'honoraires personnels). Pour un médicament qui sort, nombreux tombent dans les oubliettes après avoir coûté des millions de dollars en recherche.
  • Les laboratoires ont peu de temps pour rentabiliser leur recherche. La durée pendant laquelle un médicament est protégé est assez courte, puisque le brevet date de la découverte de la molécule et non de la mise sur le marché. Plusieurs années séparent déjà les deux dates. donc ils cherchent à tirer les prix vers le haut et à commercialiser le plus tôt possible, certains effets secondaires seront "découverts" après la commercialisation. Si on ne le leur impose pas, ils feront l'impasse sur des études de tolérance complémentaires qui amputent la période de profit. Le Vioxx est un exemple, mais là il y a eu une justice immanente...
  • Certains laboratoires n'ont ni l'envie ni les moyens de faire ce genre de frais. Alors ils se contentent de copier des produits dont le brevet arrive à expiration, ils font du générique. Pas de risque et rentabilité assurée. Moi, je préfère que mon patient prenne le produit du laboratoire qui a fait la recherche sur la molécule, l'a découverte, testée, développée et a souvent investi des fortunes dans des impasses.
  • Les faux nouveaux médicaments sont légion. On prend un vieux produit qui tombe dans le domaine public, on change un peu la forme galénique ou bien on prend une molécule suffisament proche pour avoir les mêmes effets mais suffisamment différente pour avoir un nouveau brevet, et hop ! Abracadabra on a fait du vieux avec du neuf et on est reparti pour un tour de brevet. Une bonne couche de marketing pour expliquer que c'est une nouveauté et un progrés et la machine à sous est relancée.
  • Les laboratoires ne sont pas dirigés par des philanthropes, la santé publique leur indiffère, ils veulent du profit. Ils préfèreront investir sur le nième antihypertenseur ou hypo-cholestérolémiant, sans grande différence par rapport aux précédents, mais où le "gateau à partager" est très copieux, que chercher une véritable nouveauté, sauf s'il y a une piste de recherche ET un créneau commercial prometteur. La lèpre et la drépanocytose, maladies des pays pauvres, n'intéressent personne. Mais les laboratoires restent fragiles ! MSD ne s'est pas vraiment remis de l'arrêt du Vioxx, et son avenir est incertain, c'est pourtant une des plus grosses boites du monde.
  • La guerre est sévère entre les laboratoires, tous les coups sont permis. On se demande si on n'est pas à Chicago dans les années 30. L'interdiction de la cérivastatine, il n'y a pas si longtemps, est un coup monté des américains pour discréditer un médicament européen qui leur faisait de l'ombre. Rien n'est justifé, scientifiquement, dans le retrait du produit.
  • Les critères de sélection d'un produit, le principe de précaution, font qu'on ne pourrait plus découvrir l'aspirine aujourd'hui : relation dose/effet pas claire, risque hémorragique, il serait jeté à la poubelle ! Il devient de plus en plus difficile de trouver de nouveaux médicaments, car il devient de plus en plus difficile de prouver leur efficacité. Les règles éthiques des essais cliniques, et c'est tout à fait légitime, font qu'on ne peut pas ne pas donner à un patient les médicaments qui ont fait leurs preuves dans son cas. Il faut donc que le produit nouveau prouve son efficacité quand il est SURAJOUTE au traitement de base. C'est beaucoup plus difficile !

IDEES POUR EN SORTIR :

  • Plutôt que des génériques à bon marché qui tuent la recherche, pourquoi ne pas établir des principes de diminution du prix dans le temps, modulables selon les volumes vendus et le gain thérapeutique apporté par le produit?
  • Arrêter le protectionnisme malsain.
  • Soutenir des structures publiques ou semi-publiques pour ce qu'on appelle "les maladies orphelines" dont la prise en charge ne peut pas remplir les caisses d'une multinationale mais est tellement précieuse en terme de bénéfice sanitaire, de qualité de vie de peuples défavorisés. Bien que "libéral" dans ma vision économique du monde, je pense que les laboratoires pourraient être taxés sur leurs profits pour aider au financement de ce projet.

Une harmonisation de la politique de la santé en Europe pourrait faire aller les choses dans ce sens.

OUI A CERTAIN "GENERIQUE SAUVAGE" : Dans un cas, je suis pour le générique, et dans ce cas justement il est illégal, interdit et réprimé ! Quand un laboratoire refuse à un pays qui ne peut pas les acheter les médicaments sans lesquels les malades meurent par milliers,(le SIDA en Afrique par exemple), alors, oui, qu'on le copie, qu'on le distribue (sans profit SVP ! même si c'est difficile dans ces pays où la corruption est vive) et qu'on fasse un bras d'honneur aux grands laboratoires.