Mon bateau est un Tahiti ketch, il s'appelle "ARGANTE".

TAHITI KETCH : En 1925, un architecte naval américain, John HANNAH, dessine un bateau de 30 pieds, le Neptune. Les plans ne se vendront quasiment pas. Au début des années 30, il le rebaptise "Tahiti Ketch" avec une campagne de publicité dans la presse spécialisée vantant ses qualités transocéaniques, axées sur la traversée du Pacifique de la côte ouest à la Polynésie. Le succès est immédiat, il s'en construit beaucoup.

JEAN GAU : Journaliste et cuisinier français, il fait construire aux USA où il a émigré un Tahiti Ketch : "Atom". la coque est en chêne. Il traverse plusieurs fois l'Atlantique et fait même le tour du monde, il rencontre alors en Afrique du Sud des navigateurs comme Bernard Moitessier - qui vante dans ses écrits la solidité du Tahiti Ketch et ses qualités marine - et Marcel Bardiaux. Jean Gau affronte sans aucune avarie le cyclone "Cassie", en août 1957. Le quatre mats barque "Pamir", navire école de la marine Allemande, fait naufrage corps et biens dans le même cyclone. Jean Gau, calfeutré dans sa cabine par une mer et un vent difficiles à imaginer, entend sur sa radio les appels de détresse du "Pamir".

Jean Gau fait une première fois naufrage sur des hauts fonds au large de la baie de Chesapeake. Il est secouru mais "'Atom" tosse durement avec la houle du large. Lors du renflouement, on ne constatera aucun dégât.

La carrière maritime de Jean Gau se terminera sur les récifs de la côte tunisienne où "Atom" est déchiqueté. Il semble qu'il ait été victime d'un accident vasculaire cérébral qui l'aura empêché de continuer à mener "Atom".  Sauvé par des pêcheurs, diminué et ruiné, il terminera tristement ses jours dans une maison de retraite du côté d'Agde, son pays natal. Jean Bussière a publié sa biographie et le récit de ses navigations dans son livre simplement intitulé: "Jean Gau".

PFISTER: C'est le nom du chantier naval d'Aigues mortes, au bord du Vidourle, qui a construit les Tahiti Ketch français. Un agent immobilier de Bandol que j'ai eu la chance de rencontrer et à qui je dois une bonne part de l'histoire des Tahiti Ketch est allé au début des années 50 aux États-unis en acheter les plans. Il les a apportés chez Pfister pour faire construire son bateau. Pfister en a fait une série produite régulièrement sur plus d'un quart de siècle, Argante est l'un d'entre eux, construit en 1972. Pfister construisait les coques en iroko, ce qui a trois avantages énormes :

  • imputrescibilité,
  • insensibilité aux tarets qui attaquent autrement toutes les coques en bois (l'iroko, très acide, contient des cristaux de silice, redoutables pour les outils du charpentier)
  • dureté et résistance. L'iroko, à l'instar du teck, ne flotte pas mais coule.

L'iroko de Pfister avait été acheté par son père et bénéficiait d'une bonne quarantaine d'années de vieillissement. Même si ce n'était pas du bois corse, il ne risquait pas de travailler. Pfister a pris sa retraite à la fin de son stock de bois, cédant son entreprise à ses ouvriers : les frères Sirvent. La qualité de la production a alors baissé, pas seulement parce que l'iroko était jeune, mais aussi parce que chez Sirvent on consentait, pour baisser les prix, à remplacer l'acajou massif des hiloires de rouf et des aménagements par du contreplaqué. La production des Tahiti Ketch a cessé à la fin des années 80, le chantier se consacrant désormais à la réparation navale.

ANGELO BARDI : Acteur français spécialiste des seconds rôles – si vous ne connaissez pas son nom, vous connaissez forcément son visage (dernier film : "Panique au Plazza" de Christian Clavier en 1995), il a joué au théâtre, dans "les fourberies de Scapin" de Molière, le rôle d'Argante. Avec le cachet du rôle, il a fait construire le Tahiti Ketch que je fais naviguer depuis plus de onze ans. Il lui a donné le nom du personnage grâce auquel il a pu le mettre en œuvre.

CHRISTIAN est un de mes amis très proches. En 1976, il rachète Argante. Il me le vend en 1994 après m'avoir vendu l'appartement que j'habite encore aujourd'hui, avant de me vendre son Honda Dax, après que j'ai vendu ma Suzuki 750 à son fils, j'ignore quelle sera la prochaine transaction. Je serai très surpris de pouvoir lui acheter un jour "Madame Arthur", le superbe Hans Christian 48 pour lequel il a vendu Argante. Christian ne me considère pas comme propriétaire, mais comme dépositaire d'Argante. Il surveille la façon dont je l'entretiens, m'appelle pour me dire que j'ai oublié de mettre la housse de protection des vernis de la barre (il l'a vernie lui-même et a confectionné lui-même aussi la housse). Il s'est occupé plusieurs fois de la peinture de la coque, des vernis intérieurs ou extérieurs, alors qu'il ne l'avait jamais fait quand il en était le propriétaire!

MES NAVIGATIONS: En attendant la retraite (vivement le printemps 2009) je suis limité par mes périodes de vacances, quatre semaines dans le meilleur des cas. Avec "Cadran solaire", mon précédent voilier, basé à Saint Malo (j'habitais Dinan à l'époque), j'ai surtout pratiqué les côtes bretonnes, l'Angleterre, les îles Scilly et les anglo-normandes Avec Argante je suis allé en Corse, en Sardaigne, sur la riviera italienne, à l'île d'Elbe, en Espagne, aux Baléares (Minorque et Majorque) et en Tunisie.

ARGANTE est basé à Bandol, il a participé aux Voiles de Saint Tropez (ex-Nioulargue) en 2001, il participe régulièrement à l'Acampado de la Ciotat le week-end de l'Ascension, et je suis peut-être plus souvent à son bord qu'à la maison.

http://tahitiketch.free.fr/